Le 16 septembre, le Prof. Kenneth Lasoen du Kenniscentrum Security Intelligence (KSI) a donné une conférence lors de la Criminal Analysis Conference d’Europol (CrimACon25) sur le rôle des services répressifs dans la lutte contre les menaces hybrides. Il a souligné que la détection seule ne suffit pas : une approche assertive, inspirée du contre-espionnage, est nécessaire pour perturber et dissuader les réseaux. Il a ensuite participé à un panel consacré à l’influence et à la mise en œuvre des nouvelles technologies.

Menaces hybrides : tactiques historiques, portée moderne

Le Prof. Lasoen a rappelé que la guerre hybride n’est pas nouvelle et a toujours fait partie de la politique internationale. Des campagnes de désinformation au sabotage en passant par la diplomatie secrète : les services de renseignement pratiquent ces « arts sombres » depuis des siècles. Ce qui change aujourd’hui, ce sont la vitesse, l’ampleur et l’impact dans un monde fortement interconnecté. En essence, les campagnes hybrides sont des opérations psychologiques qui obscurcissent la conscience situationnelle d’une cible afin de provoquer des décisions qui profitent à l’agresseur.

Une raison importante de la vulnérabilité des sociétés occidentales réside dans la complexité avec laquelle un large éventail de tactiques est déployé simultanément et de manière transversale. Les effets se produisent ailleurs que là où l’attaque est visible, rendant la détection difficile. La guerre hybride prospère dans la « zone grise » entre la paix et le conflit ouvert. Parmi ces campagnes, on peut citer :

  • Guerre informationnelle : diffusion de désinformation et manipulation des récits.
  • Opérations d’influence : ciblage des élites ou des décideurs.
  • Cyber-sabotage : attaques contre des infrastructures critiques.
  • Pression économique : embargos, acquisitions hostiles ou perturbation financière par voie cyber.
  • Proxys : utilisation d’États tiers, d’entreprises militaires privées ou de flux migratoires.
  • Criminalité organisée : corruption, trafic et même assassinats ciblés.

Les forces de l’ordre en première ligne

Bien que la détection et la lutte relèvent traditionnellement des services de renseignement et de sécurité, Lasoen a souligné un point essentiel : la chaîne policière joue également un rôle crucial de première ligne dans les opérations contre les menaces hybrides. Les services de police et d’enquête sont en première ligne lorsque des flux financiers suspects apparaissent, lorsqu’une intrusion cyber est détectée ou lorsque des schémas inhabituels de criminalité organisée émergent. Avec une formation adéquate, ils peuvent reconnaître les signaux d’alerte précoce en combinant du renseignement (open source) avec les données policières classiques, et partager rapidement les informations avec des partenaires nationaux et internationaux.

Mais la détection seule ne suffit pas. Lasoen a souligné que « la meilleure défense, c’est l’attaque ». Là où les réponses nationales et européennes sont souvent réactives et centrées sur la résilience, une approche plus assertive peut être plus efficace et renforcer la dissuasion. En appliquant les techniques et compétences du contre-espionnage, les défenseurs peuvent perturber activement les réseaux hostiles, exposer leurs tactiques et même retourner leurs campagnes contre l’agresseur.

Un impératif éthique et un appel à l’action

La conclusion la plus marquante était peut-être l’angle éthique de Lasoen : ne pas riposter contre un adversaire destructeur constitue, selon lui, un échec moral. Autrement dit, la résilience sans contre-action risque de normaliser la manipulation et la tromperie.

L’intervention de Lasoen était un appel clair à l’action : les services répressifs doivent non seulement s’adapter à cette réalité, mais aussi jouer un rôle de premier plan et utiliser des méthodes de contre-espionnage pour y parvenir. La zone grise ne se défendra pas d’elle-même.

Alors que l’Europe est confrontée à des menaces de plus en plus complexes, le message du KSI à CrimACon25 était sans équivoque : la lutte contre la guerre hybride commence sur le terrain, auprès de ceux qui en voient les effets les premiers.

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