Depuis des années, les démocraties d’Europe de l’Ouest sont confrontées aux opérations clandestines du service de renseignement iranien MOIS (Ministère des Renseignements et de la Sécurité). Les services de renseignement néerlandais et belges mettent depuis longtemps en garde contre les activités de l’Iran sur leur territoire. Celles-ci ne se limitent pas à l’espionnage politique et à l’ingérence, mais incluent également une stratégie ciblée visant à faire taire les voix critiques et les opposants politiques. En Belgique, il est même question de projets d’enlèvement visant un député fédéral. Ces développements soulignent l’importance de renforcer les services de renseignement et de sécurité, et de leur donner les moyens de perturber de manière proactive de telles activités. Car c’est bien l’État de droit démocratique qui est directement attaqué et doit être protégé.

Notre expert, le Professeur Kenneth Lasoen, était l’invité du journal télévisé de VTM Nieuws pour apporter son analyse.

Pratiques d’espionnage du MOIS

Le MOIS (Ministère iranien des Renseignements et de la Sécurité) s’appuie sur des agents spécialement formés, qui développent et dirigent des réseaux locaux grâce à des sympathisants et au chantage. Les activistes, journalistes et réfugiés critiques à l’égard du régime iranien sont systématiquement surveillés et intimidés. En plus des méthodes classiques de filature et de surveillance physique, le MOIS recourt de plus en plus aux moyens numériques. Par le biais de cyberattaques, il exerce une pression sur les systèmes gouvernementaux et les infrastructures, ou subtilise des informations sensibles. Le régime iranien expérimente également la « diplomatie des otages », utilisant enlèvements et détentions comme instruments de pression politique. En 2023, un échange a encore eu lieu entre l’agent du MOIS Assadi — condamné en Belgique — et un journaliste belge ainsi que plusieurs autres Européens détenus.

Un exemple frappant de cette pression concerne Darya Safai, membre de la Chambre des représentants en Belgique et militante des droits humains, considérée par le régime iranien comme une dissidente. Selon une information transmise par un service étranger, la VSSE (Sûreté de l’État belge) aurait été avertie d’un plan visant à l’enlever et à la transférer via la Turquie vers Téhéran. L’élément déclencheur aurait été sa résolution visant à inscrire les Gardiens de la Révolution iraniens sur la liste européenne des organisations terroristes. Safai a publiquement affirmé ne pas avoir peur : « Je sais quels monstres vous êtes. Vous torturez, violez et tuez. Mais je ne cesserai jamais de me battre pour la liberté. » La justice belge a ouvert une enquête. Si ces informations sont confirmées, elles démontrent la volonté de Téhéran d’instrumentaliser le territoire étranger pour mener une politique de répression.

Les services de renseignement et leurs capacités d’intervention

Aux Pays-Bas et en Belgique, ce sont respectivement l’AIVD et la VSSE qui sont chargés de détecter les menaces étrangères et de surveiller l’activité des autres services de renseignement présents sur leur territoire. Cela implique le suivi de services étrangers, une mission qui requiert des compétences spécifiques et hautement spécialisées, relevant du domaine de la contre-ingérence (counterintelligence). Mais lorsque les services de sécurité découvrent des projets hostiles, ils doivent également être capables de les perturber activement. En Belgique, le Comité I — organe de contrôle des services de renseignement — a récemment rappelé à plusieurs reprises que le cadre juridique reste insuffisamment clair quant aux pouvoirs et donc aux possibilités légales de la VSSE d’intervenir de manière proactive. Clarifier cette situation devrait constituer une priorité pour le gouvernement, d’autant plus qu’il n’y a pas que l’Iran qui représente une menace dans ce domaine.

Les tentatives du MOIS de réduire au silence les dissidents en dehors de l’Iran constituent une attaque directe contre les valeurs fondamentales de l’État de droit démocratique. L’affaire de l’enlèvement visant Darya Safai illustre la menace qui se cache derrière chaque façade diplomatique. Seule une combinaison de vigilance, d’échanges d’informations transparents et de mesures fermes permettra à la Belgique et aux Pays-Bas de contrer cette ingérence insidieuse. Il est également crucial que les responsables politiques, activistes et journalistes considérés comme cibles potentielles bénéficient de mesures de protection concrètes. La défense des libertés individuelles et de l’État de droit exige une vigilance permanente face aux services de renseignement qui franchissent les limites — ce qui suppose que les services de sécurité disposent des ressources humaines, du savoir-faire et des pouvoirs juridiques nécessaires pour agir.

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